19.01.2009
Portrait google de Raphaël M***
Dans quelques siècles, bien avant que le soleil ne se mue en supernova engloutissant à la manière d'un auto-anthropophage son propre système, il ne restera de notre époque que quelques vestiges urbanistiques et peut-être, selon la résistance de nos disques durs, une invention oulipienne post-oulipo : le portrait Google. Son inventeur, Raphaël M., l'a rendu célèbre, en publiant dans son magazine Le Tigre, le portrait de Marc L., internaute éperdu, petit poucet du web, laissant derrière lui les traces numériques de son passage., comme nous tous, comme la Pallice, sans le savoir. Et comme le disait Gérard de Nerval qui faisait chaque matin conversation à des perroquets.
-
voici ton portrait, Coco.
Raphaël, et dire que j'ai failli passer à côté de toi. Souvent, je suis passé près de ta revue posée délicatement entre Passion Timbres et Porc Magazine sur les linéaires de ma maison de la presse préférée. Pourquoi entre Passion scrapbooking et Porc Magazine, je ne sais pas mais je te promets de poser la question. Peut-être la lettre P. comme celle qui a fait l'objet du volume novembre-décembre 2002 de ton ancienne revue R. de réel, consacrée partiellement aux palindromes.
Parfois j'ai même entrouvert la gueule du Tigre. La couverture était rigolote, la mise en page oulipienne et puis je reposais sans savoir pourquoi. L'absence de pin ups peut-être. Et puis voilà une dépêche sur le web, le Tigre aurait encore griffé en publiant un portrait Google sur Marc L. Je lis l'article, celui sur les Roms aussi, en suis ravi et me voici. Alors Raphaël, je fais mois aussi te tirer le portrait. Tu permets que je te tutoie, j'ai deux ans de plus que toi puisque que tu es né en 1975, quelque part, et puis je dis tu à tous ceux que j'aime même si je ne les ai vus qu'une seule fois. C'est de Prévert. Je sais tu préfères Mallarmé. Tu en as fait un livre « Mallarmé et moi », qui t'as valu les félicitations des uns et l'ignorance des autres. Ce n'était pourtant pas ton premier coup d'essai. Au total, cinq livres, mais cela tu le sais puisque que c'est toi qui les as écris. Avant de devenir le grand chef du Tigre, tu as été le fondateur de R. de réel, un magazine bizarre qui s'est arrêté « parce qu'il n'y avait plus de lettres dans l'alphabet ».
Raphaël et Bianchi
Cette revue tu l'as fondée avec Lætitia Bianchi, très jolie voix, d'un an ta cadette, dont vous êtes propriétaire avec 51% du capital de 25.000 euros même si tu n'as publié aucun bilan ce qui n'est pas bien. C'est dans la bonne ville d'Aubervilliers que Le Tigre a sa cage au 122, rue Danielle Casanova à Aubervilliers. Facile. Ce qui l'est moins c'est de savoir que l'un de tes voisins, Aldo, est un passionné de Pif Gadget à en juger des messages qu'il laisse sur les forums spécialisés. Attention au coussin péteur la prochaine fois que tu t'asseois. Ta moitié littéraire a également écrit avec toi une nouvelle traduction de Lysistrata, une comédie d'Aristophane. Un grec. Ainsi tu as pu participer à un tour du monde pour la paix. Tu A ^m fé 1 do ssié sur la li t ra tur SMS. Désolé, je n'écris pas bien le SMS. Lol.
Un an avant la fin de la publication de la dernière lettre de l'alphabet dans R. de réel, tu as passé un petit temps à Angoulême pour écrire les numéros S et T, ainsi que le journal en ligne W avec des copains dessinateurs. Ta vie c'est vraiment des chiffres et des lettres. Tu aurais peut-être voulu être président du festival un jour. C'est peut-être cela qui t'a poussé à participer à l'écriture du scénario du film de Lionel Delplanque, Président, avec Albert Dupontel dans le rôle phare.
Tu en as passé des heures devant ton ordinateur à chercher des choses drôles à dire, toi qui aime l'informatique sans être informaticien. Le film n'a pas vraiment fonctionné en salles, tu n'es pas devenu le secrétaire d'Etat à la pensée alternative du gouvernement Dupontel, mais les critiques étaient plus favorables. Peut-être une autre fois. Et d'ailleurs, j'ai une mauvaise nouvelle pour toi. Dans la bible du New York Times sur ceux qui font le cinéma, on mentionne bien ton nom mais quand on clique sur ta biographie, rien n'apparaît. Tu n'existes pas. Là est peut-être ta volonté, toi sur lequel il est paradoxalement difficile de trouver des informations. Rien sur Agoravox, ni sur AnciensActeursPornos.com.
Le ti-gre, un magazine bi
Ce qui te prend le plus de temps en ce moment, c'est le Tigre, bien sûr. Répondre aux interviews suite au portrait Google, une chouette idée au fait. Et puis essayer d'établir un équilibre économique. Une gageure dans le monde actuel. Au début, l'idée de Tigre c'était de sortir toutes les semaines, comme un hebdomadaire quoi. Mais financièrement ce n'était pas jouable. Bonjour le bi-mestriel. Qui n'est pas un magazine pour les bi, quoique tout le monde peut le lire, ni un journal fait à deux, même si Lætitia est toujours à tes côtés, mais un magazine qui paraît tous les deux mois.
Vive les logiciels... Libres !
Tu voyages beaucoup dans ta tête. C'est l'avantage d'avoir de l'imagination. De Panama, ton éditeur pour Metzland, ta vie romancée en 2006, à Lisbonne, où tu écris les textes d'un recueil de dessins de Nicolas de Crécy. Je n'ai vu que deux photos de toi. En noir et blanc, comme la mise en page du Tigre.
« Il a l'air d'un ange, mais c'est un diable de l'amour,
Du bout des hanches et de son regard de velours,
Quand il se penche, quand il se penche, mes nuits sont blanches », (Carla Bruni, Raphaël). Tu portais un débardeur noir, les cheveux, châtains ?, coupés courts, revenants un peu sur les oreilles.
Le 13 janvier tu étais à Aix-en-Provence, pour présenter le Tigre puis pour une formation à l'école d'art. Le 12 février, tu seras à Marseille pour en faire autant, à la librairie du Lièvre de mars. J'ai cru comprendre que les transports fonctionnaient mal par grand froid dans la région mais delà à mettre un mois pour passer d'Aix à Marseille. On connaît de mauvais étudiants qui ont mis moins de temps pour avoir leur Deug. En août, tu étais à Mont de Marsan pour des Rencontres Mondiales sur les logiciels libres. Comment utiliser Scribus, Gimp et compagnie ? Passionnant programme... libre bien entendu, comme tout ce qui touche à toi.
Depuis ton buzz sur Marc L. on peut imaginer que plus de 15 à 20 personnes par jour iront sur le site du Tigre, ce qui était déjà beaucoup selon toi « ce qui est beaucoup pour un site qui ne bouge pas énormément », comme pouvait l'être R de réel. J'ai aussi l'impression que tu t'es un jour embarqué dans le journalisme pour le Journal de la République, éphémère quotidien lancé par Henri Emmanuelli en 1998 et disparu au bout de onze numéros. Mais « Il » est peut-être un autre. Tu aurais pu aussi te voir dans la petite lucarne pour quelques portraits mais depuis 1998 et un court métrage avec la soeur d'Edouard Baer, avec Isabelle Nanty, on sait que tu n'as pas la télé.
Tigresquement
08:25 Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Google, portrait, Raphaël M, Brest









Trackbacks
Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://brestoiseries.blogs.letelegramme.com/trackback/35862
Commentaires
Bon voilà. C'est fait. Tu es le premier. Tu as mis un peu de temps, mais c'est pas mal. C'est presque tout juste, mais attention, il ne faut pas tout prendre ce que tu lis sur Google pour argent comptant: je ne suis pas allé à Mont-de-Marsan (je devais y aller, nuance), je n'aime pas Mallarmé (il aurait fallu que tu lises le livre), je n'ai pas participé à un tour du monde de la paix (c'était une lecture d'Aristophane), Je n'ai pas la télé c'est une fiction, et je ne réponds pas aux interviews puisque Le Tigre a décidé de se taire sur cette affaire (cf. le chapo de http://www.le-tigre.net/Marc-L.html), et donc de décliner les propositions de TF1, LC1, Le Monde, Europe 1, etc.
Tu as raté quelques trucs importants, mais sinon tu racontes exactement ce que j'attendais: puisque toutes les informations que tu as trouvées, elles correspondent précisément à ma vie professionnelle. Ce sont toutes les choses que j'ai choisies de rendre publiques.
Mes livres écrits sous pseudonyme, mes boulots alimentaires, ma vie sexuelle, ma date de naissance exacte, tout cela tu n'en sauras rien en traînant sur Google. C'était bien le sens du portrait de Marc L: montrer qu'il faut faire la part entre le privé et le public.
La boucle est donc bouclée, et je te donne rendez-vous dans le prochain Tigre (en mars-avril 2009, puisque c'est un bimestriel) pour y lire le récit de toute cette histoire.
Quant à Passion Scrapbooking, pour moi c'est vraiment le meilleur magazine de scrap actuel.
Salutations rayées
R.M.
Ecrit par : Raphaël Meltz | 19.01.2009
Excellent.
Ecrit par : Phil | 19.01.2009
Comme c'est bien envoyé, merci Raphaël !
Mais Mikaël, que vient faire la Pallice dans cette galère, c'est une question...
Ecrit par : croisillon | 20.01.2009
@ Raphaël. Je trouve l'idée du portrait-google très intéressante du point de vue littéraire et tout autant du point de vue démonstratif sur les dangers potentiels des identités numériques. Je crois que votre objectif était de montrer l'importance maîtriser cette identité, d'en rester maître. C'est fait en ce qui vous concerne, cela l'était moins pour Marc L.
@ Croisillon. Je ne sais comment prendre votre message. Le but du portrait google de Rahaël M. n'était pas de sortir des informations croustillantes sur l'auteur, il n'y en avait pas non plus chez Marc L., mais de s'exercer à un genre nouveau, rigolo par sa conception et par définition actuel. Il y a bien des gens qui écrivent des livres en SMS. Cela ne me gêne pas tant que l'on ne me force pas à les lire.
Sur le plan de la réflexion sur l'usage d'internet, et de l'archivage réalisé sur le web, je crois qu'il est nécessaire pour chacun de réfléchir à cela. Le portrait de Marc L. le démontre. Plus encore, il faut un certain temps pour effectuer les recherches et écrire deux pages, ce que ne font pas la plupart des gens. Les dix premières réponses sur Google suffisent parfois à se faire idée de quelque chose ou de quelqu'un, avec tous les avantages mais aussi toutes les insuffisances que cela suppose.
Allez je retourne à "Mallarmé et moi"
MC
Ecrit par : Cabon Mikaël | 20.01.2009
Bien envoyé Mikaël ! Je tiens ma vengeance !
Plus sérieusement Raphaël (si c'est vraiment lui) a souligné deux points très importants selon moi :
- On ne voit que ce l'on montre. D'un autre côté, la vie "sociale" a désormais une existence sur le net. Et quand bien même elle s'exercerait non publiquement (email, msn, site à accès restreint), des détails peuvent vous échapper à cause d'une tierce personne, et être diffusée à des endroits où il sera dur de les enlever. Or pendant ce temps la mécanique de recoupage Google aura fait son oeuvre.
- "attention, il ne faut pas tout prendre ce que tu lis sur Google pour argent comptant"
Je n'ai pas les détails de son "enquête" et je ne prétends pas remettre en cause ses compétences journalistiques.
Mais est-ce que les sources relatives à Marc L. auraient pu être toutes authentifiées si il ne s'était pas exprimé ? Le web a ses limites, même les journalistes le regardent encore avec ces yeux d'enfant qu'on avait tous lors de notre premier surf. Exemple : la vidéo diffusée au journal de France 2 sur Gaza qui datait de plusieurs années.
Raphaël le coup de maître pour le point n°2 aurait été d'avoir inventé de toute pièce la vie privée de ce Marc L.
Ecrit par : Marc L. | 20.01.2009
Contrairement à l'article de Raphaël, le tien était beaucoup moins bien travaillé. C'est resté très superficiel. Dommage...
Ce Raphaël, on le sait tous, voulait sortir son journal un peu naze de l'anonymat et on le comprend. Cependant, lorsqu'on veut se prétendre journaliste, il faut avoir une éthique.
Sa vengeance, Marc l'aura.
Ecrit par : Oracle | 03.03.2009
@ Oracle, vous êtes devin. Cependant il est plus correct de dire "sa vengeance, Marc Aurèle".
Si l'article reste superficiel, c'est peut-être de ma faute, peut-être celle du principe qui veut aussi démontrer je pense que faire un portrait sans connaître la personne est un non-sens, et enfin que Raphaël M. n'existe peut-être pas ou bien a pris soin de ne pas laisser de traces dont il ne serait pas maître. (Sage décision de se préserver de la célébrité en se camouflant derrière l'anonymat, n'est-*ce pas Oracle). Ou un peu des trois en même temps.
Ecrit par : Cabon Mikaël | 03.03.2009
Vous connaissez le "Bashing-stats" ?
Non normal jusqu'à présent personne ne lui a donné de nom... et je suis peut être le seul à l'utiliser !
Alors en quoi cela consite ? Très simplement vous repérez un site dont l'auteur suit les statistiques de fréquentations avec le regard lubrique du marketeux avide de jolies courbes, camemberts et autres joyeusetés. Le but étant de chambouler dans ses stats les mots clés tapés dans les moteurs de recherches pour y accéder.
Pour ce faire vous passez par un moteur de recherche et tapez une phrase associant le nom du site (par exemple) et des mots présents dans les pages de celui-ci et apparaissant dans les résultats des recherches.
Vous cliquez ensuite sur le lien et avec un peu de chance dans les stats apparaîtra votre phrase.
Un conseil chaque début de mois les stats mensuels sont vierges donc plus facile d'y être présent...
Alors n'hésitez pas à vous lacher cela fait un bien fou et pour l'instant l'on peut écrire encore à peut prêt ce que l'on veut sur les moteurs de recherches.
Là ou le jeu devient drôle c'est quand les dites stats sont indexées par les moteurs de recherches...
Voici un exemple pour trouver ce site : http://www.google.com/search?hl=fr&q=d%C3%A9gage+encul%C3%A9+de+mikael+cabon&btnG=Rechercher&lr=
Ecrit par : ANONYMOUS | 01.04.2009
Désolé anonymous je n'ai pas bien compris la démonstration. Je vais la relire plus tard, à tête reposée. Ou c'est peut être l'intention du bashing-stats qui m'échappe...mais promis j'essaierai à nouveau.
Ecrit par : Daniel | 29.08.2009
Ecrire un commentaire