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29.03.2008

Livre blanc de la défense et de la sécurité nationale

Intervention lors de la soirée débat de l'Université Européenne de la paix à Brest, ce jeudi 27 mars 2008

Fin de l'opposition de blocs, émergence de nouvelles puissances, mondialisation de l'économie, crises environnementales, au cours des vingt dernières années le monde a considérablement changé, les facteurs d'insécurité aussi. À quelles menaces considérez-vous que nous devons aujourd'hui faire face?



En 2004 ; Kofi Anan, alors secrétaire général de l'Onu, avait commandé un rapport à plusieurs personnalités planétaires sur le thème suivant : « Un monde plus sûr : une responsabilité partagée ». Plusieurs menaces sur l'équilibre planétaire sont précisées :

- Les menaces d'ordre économique et social (pauvreté, maladies infectieuses, dégradation de l'environnement, etc.);
• Les conflits entre États; pour des questions de partages de ressources ou de territoires
• Les conflits internes (guerres civiles, génocide et autres atrocités, etc.);
• Les armes nucléaires, radiologiques, chimiques et biologiques;
• Le terrorisme;
• La criminalité transnationale organisée

A ces six sources de conflits, il faudrait ajouter les risques de conflits économiques, dont la potentialité est démultipliée par la mondialisation des échanges et la co-dépendance des places financières entre-elles.



Dans ce rapport, l'on voit que la corrélation entre les conflits et le niveau de pauvreté est considérable. L'un des premiers rôles des Nations Unies est de permettre un accès aux services fondamentaux (santé, alimentation, éducation) à la population mondiale. L'hyper-terrorisme semble être la menace la plus nouvelle, et imprévisible, de par les formes qui sont les siennes. Hyper-terrorisme, dont Robert Redeker dit qu' « il n'est pas une révolution mais une guerre sans visée politique ».





Le recours aux armes est-il la solution ? Quelle place voyez-vous pour la prévention et la résolution non violente des conflits ? Etablie à partir des nations victorieuses de la deuxième guerre mondiale, l'Organisation des Nations Unis n'a guère évolué depuis sa création voilà plus de cinquante ans. Quelle adaptation convient-il, selon vous, d'apporter au fonctionnement des Nations Unies afin de pouvoir en appliquer pleinement la Charte, à savoir bannir la guerre comme moyen de résoudre les conflits ?



Le fonctionnement des Nations Unies n'est plus en rapport avec notre temps. Notre pays soutient d'ailleurs l'entrée de l'Allemagne, le Japon, le Brésil, l'Inde et l'Afrique du sud dans le conseil de sécurité, afin de prendre en compte le poids économique et politique de ces pays dans le monde moderne. Comment dès-lors peut fonctionner un conseil de sécurité si tous ses membres permanents disposent du droit de veto, et quelle serait la réaction des nouveaux entrants si le droit de veto ne leur était pas donné ?

Mais les Nations Unies ne sont pas tout. C'est tout le fonctionnement des organismes internationaux, le Fmi, la Banque mondiale, où survit encore le principe d'un dollar-une voix, nécessitent d'être transformés pour prendre en considération ce que l'on a coutume d'appeler les pays du sud. Cela suppose pour les pays riches d'augmenter leur contribution à l'aide internationale qui s'étiole aujourd'hui pour atteindre en moyenne 0,7% de leur PIB. Si bien qu'une fondation comme celle de Bill Gates dépense chaque année, plus que l'OMS pour la vaccination en Afrique. Ce qui est tout au crédit du fondateur de Microsoft mais qui montre la démission de nos Etats face aux problématique sanitaires mondiales.





La France et l'Europe sont engagées par l'article 26 de la Charte des Nations Unies à ne détourner vers les armements que le minimum de ressources humaines et économiques nécessaires au maintien de la paix et de la sécurité. Le Traité de Lisbonne, l'OTAN leur enjoignent en même temps d'accroître leur effort militaire. La France et l'Europe doivent-elles selon vous maintenir, renforcer ou réduire leurs budgets consacrés à la Défense ?



Je ne suis pas certain que cela soit la bonne question. A mon sens, celle-ci est la suivante : quel budget est-il à la fois nécessaire et suffisant pour faire face aux missions conférées aux forces de sécurité ? Dans l'attente de la définition de ces missions, il est difficile de déterminer quel est alors le juste niveau. On peut imaginer que le livre blanc et les réformes qui pointent à l'horizon, diminution du nombre de bases militaires, des effectifs des armées, concentration de celles-ci sur leurs missions premières, externalisation, mutualisation des moyens, concentration des structures, ne sera pas sans impact sur le budget de la défense. Rappelons néanmoins, qu'il semble, que pour son degré d'équipement et les missions qui lui sont données, notre armée, nos armées, sont manifestement sous-dotées d'environ 40%, selon les objectifs impartis par modèle armée – 2015.

La question qui suivra sera alors de la réalité de cette réforme sur le moyen-terme. Et puisque nous sommes sur Brest, d'autres paramètres plus prosaïques nous intéressent : l'impact sur le tissu économique local de ces réformes. Déjà le départ du Gesma semble acquis, la venue des SNA de Toulon à Brest ne semble pas l'être. Si bien, qu'il faudra un jour poser la question de l'efficacité de nos parlementaires pour servir les intérêts de notre agglomération. Non pas pour demander toujours plus, mais pour les efforts ne soient pas toujours à sens unique. Si l'armée, comme le dit le ministre de la défense, ne fait plus de l'aménagement du territoire, alors les décisions doivent se prendre en fonction de l'intérêt de la nation, et pas systématiquement habiller Toulon pour déshabiller Brest. Sur la question du deuxième porte-avions nucléaire, là aussi on peut pointer du doigt l'absence de prospective des gouvernants de l'époque de ne pas avoir dégagé suffisamment de crédits pour en construire un deuxième. Aujourd'hui, il faut poser la question de la pertinence de ce projet et surtout de son ordre de priorité, notamment par rapport aux frégates multi-missions dont on saisit que leurs capacités sont plus en rapport avec les nouvelles missions de la Marine. Enfin, pour l'avenir de notre cité, il nous faudra faire définitivement le deuil d'une ville qui vivait de la commande d'Etat, pour tourner la page et trouver un nouveau modèle de développement économique.

Sur le plan européen, la politique de défense commune, avec l'intégration plus importante des armées européennes, à l'instar de l'Eurocorps, suppose d'abord que l'intégration politique soit mieux acceptée. Cela suppose un consensus qui aujourd'hui n'est pas trouvée, et qui, avec 27 membres, sera difficile à obtenir.





Conçue au temps de la guerre froide pour maintenir un équilibre de la terreur entre deux blocs à volonté hégémonique, la dissuasion nucléaire en général et sa variante française (dissuasion du faible au fort) ont-elles encore un sens dans le monde multipolaire d'aujourd'hui confronté à la nébuleuse du terrorisme ? Doit-on accepter l'évolution de cette arme de destruction massive comme arme de "guerre préventive" ? Peut-on faire face à la prolifération nucléaire, sans engager un réel désarmement nucléaire international ?





Dans sa récente allocution à Cherbourg, Nicolas Sarkozy a été très clair, et on peut donner le crédit, en indiquant, je cite : « L'arme nucléaire est une arme de légitime défense" conçue pour frapper les centres de pouvoir, économiques, politiques et militaires d'un agresseur éventuel, et, en tout état de cause, elle s'adresse uniquement aux Etats ». Il est revenu sur ce point, sur les propos de son prédécesseur qui avait pu laisser croire une sorte d'abaissement du seuil nucléaire. Enfin, il a indiqué que la France abaisserait son nombre de têtes nucléaires de 600 à 300. Ce qui est un geste de bonne volonté dans le cadre de la renégociation dans deux ans du traité de non-prolifération nucléaire. Ce désarmement nécessite un organisme chargé d'en assurer le suivi et surtout la réalité. C'est à notre sens le rôle de l'AIEA.







Dans plusieurs pays, dont la France, l'industrie de défense occupe une place importante dans l'économie. De son côté, l'Union Européenne pousse au renforcement de sa base industrielle de défense. N'y a-t-il pas là le risque de voir les intérêts de défense des populations inféodés à ceux de leurs lobbies militaro industriels ?



Le risque que vous évoquez ici n'est pas propre à la question de la défense en général. Chaque pouvoir nécessite, pour ne pas devenir absolu, un contre-pouvoir d'une force équivalente. A défaut, ce n'est plus de démocratie qu'il nous faut parler mais de lobbycratie. Certains régimes, aux Etats-Unis, acceptent volontiers cet état de faits. Il me semble cependant en contradiction avec les principes républicains qui régissent notre Etat. Néanmoins, les industries de l'armement se trouvent actuellement dans une logique économique qui est celle de toutes les entreprises : à savoir l'obtention d'une taille critique suffisante pour pouvoir peser en terme d'innovations et de compétitivité face à leurs concurrents. L'Europe l'encourage. Elle doit rester vigilante à la composition des capitaux de ces entreprises et promouvoir des règles de bonne gouvernance, dont on sait qu'elles ont, par le passé, étaient difficilement conciliables avec les règles du commerce des armes.





<strong>Quelle limitation, quel contrôle de la production et des transferts d'armements, y compris d'armes légères, considérez-vous nécessaires ? Quel désarmement doit-on envisager et comment ? Aux termes de notre constitution, le Président de la République a la responsabilité suprême en matière de défense et de politique étrangère. Cela fait partie de son « domaine réservé ». En conséquence de quoi, la représentation nationale est au mieux tenue informée des traités d'alliance passés, des transferts à des pays tiers de matériels sensibles, d'installation à l'étranger de nouvelles bases militaires…Trouvez-vous cette situation normale ? Et sinon comment envisagez-vous de développer la démocratie dans ce domaine ? Considérez-vous notamment comme essentiel que les citoyens puissent réellement s'informer, réfléchir, débattre sur les questions de "défense et de sécurité" ?



La commission qui s'est mise en place sous la houlette de Jean-Claude Mallet invite les Français, via son site internet à réagir, à proposer, à questionner. On compte pour chacun des thèmes moins de 200 réactions. Des commissions se sont mises en place qui rassemblent différentes personnalités ou représentants des forces vives ou encore des parlementaires, dont Patricia Adam. Le problème de notre régime politique est d'être dominé par la fonction présidentielle. Cela lui confère des avantages en terme de réactivité et de continuité des stratégies. Cela est plus discutable du point de vue démocratique. Quand d'autres pays font voter par leur parlement la présence de leurs forces armées sur des lieux de conflit extérieurs, l'Allemagne par exemple pour des raisons historiques, la France décide par la voix de son chef d'Etat. C'est une situation qui devrait au minimum, recevoir l'onction de la majorité des parlementaires. La réforme des institutions devrait prendre ce point en considération.





Voyez-vous la Paix comme une période sans guerre ou comme une autre manière de vivre ensemble ? Comment développer une culture de paix ?



L'ignorance est le terreau de tous les préjugés. La paix est certes une période de non-guerre. C'est une définition négative qui ne sied pas bien à ce concept. Et comme la guerre voit sa définition évoluer avec le temps, le concept de paix doit lui-aussi s'adapter. Cette manière de vivre ensemble doit appeler à la sérénité et refuser l'intransigeance. Comment ? Cela passe par l'éducation de tout un chacun, l'accès aux connaissances, à la culture, d'une manière générale. Suite à nos échanges, nous avons intégré dans notre projet municipal la création d'une maison de la citoyenneté, qui pourrait se situer dans les futurs anciens locaux de la bibliothèque d'études, en accès libre, et qui accueillerait des conférences, des expositions dédiés aux nouvelles formes de citoyenneté et aussi, et surtout, d'ouverture vers l'autre et ses différences, dont l'histoire nous montre qu'elles sont une source de richesses, et l'histoire de notre pays, à commencer par la généalogie de notre président actuel, en est la meilleure preuve.





Êtes-vous favorable à la poursuite de tels échanges publics ? selon quelles modalités ?




Quand vous êtes venus nous rencontrer dans le cadre de la campagne électorale des municipales, nous vous avons répondu avec promptitude, il me semble que nous étions alors les premiers à le faire, sur notre accord à participer à ce débat. Nous vous avions d'ailleurs proposé de l'intégrer au débat municipal en tant que tel. Car des réformes qui s'annoncent dans le domaine de la défense dépend une partie de l'avenir de notre ville, qui de tout temps, à son avantage ou à son détriment, a été, totalement ou partiellement, dépendante des industries de défense.

La présence du public ce soir montre le désintérêt relatif de nos concitoyens à l'égard des grandes questions de notre temps. Peut-être parce que l'essor de notre société d'information entraîne un sentiment de surinformation, et donc une forme de satiété face à la connaissance du monde dans lequel nous vivons. Or, face à la complexité croissante du fonctionnement de nos sociétés modernes, la facilité consiste à délaisser le débat, la contradiction pour s'enfermer, parfois, trop souvent, dans ses propres certitudes. Ici, comme dans toutes les formes de démocratie, la faible participation aux dernières élections locales le montre, il nous faut réinventer de nouvelles formes de débat. Cette soirée a le mérite d'exister, et je salue ses instigateurs d'avoir le courage de leurs convictions et d'œuvrer jour après jour pour celles-ci.

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Commentaires

Comme trop souvent dans ce genre de "grand débat" le volet humain est complètement occulté. Chacun aura noté l'absence des représentants de l'actuelle majorité Marguerire Lamour ou son suppléant F Le Verge.

C'est vrai que les militaires ne sont pas des citoyens à part entière. Ils ne disposent pas des droits élémentaires reconnus à tout être humain. Le nouveau statut général, voté dans l'allégresse parlementaire en mars 2005 est rétrograde: il oublie d'officialiser les maladies professionnelles et d'autoriser les organisations professionnelles. Face aux problèmes posés, la multiplication des amicales commémoratives et festives n'est plus suffisante.
Des chiffres ont été avancés, des charges notamment et un public non averti a pu penser que ces milliards dépensés pour la Défense, tombaient dans les grandes poches des militaires. Il serait utile, pour la manifestation de la vérité, de préciser la destination finale de ces masses financières. Pour ma part je ne connais pas un seul militaire vraiment riche. Ne pas confondre militaire et mercenaire, svp.
J'ai une fois de plus, évoqué le honteux scandale des essais nucléaires qui ont provoqué la mort ou la maladie de nombreux militaires appelés ou engagés, au Sahara comme en Polynésie. La France est le seul pays occidental à ne pas reconnaître les maladies radio-induites. Aucun recensement des victimes n'a été entrepris par le Service de santé des armées. Une note de la Direction centrale du 25 janvier 2008 signée par le médecin général Hugard, prévoirait d'accueillir les victimes par la porte de service, en catimini et avec la plus grande discrétion. Il y serait question de "dossiers pouvant être hautement sensibles". Par quelles maladies honteuses sont donc frappés ceux qui ont servi la nation?
Les veuves et les orphelins sont ignorés pour mieux nier leur existence qui dérangerait les autorités civiles et militaires. L'action sociale des armées (ASA) est invisible.
Les victimes affaiblies par la maladie ou brisées par la douleur doivent se présenter devant une juridiction d'exception (Tribunal Pensions Militaires Invalidité) à l'issue d'un véritable parcours du combattant. Rien n'est fait pour assouplir ou accélérer la procédure, bien au contraire. Une réglementation obsolète, adaptée au seul temps de guerre, impose au plaignant d'apporter la preuve du lien direct et certain entre l'exposition aux rayons ionisants et la déclaration de la pathologie. Mission impossible 30 ans et plus, après des faits toujours couverts par le fameux secret défense qui étouffe la vérité....au pays des droits de l'Homme! Le fonctionnement du TPMI mériterait un sérieux dépoussiérage (courrier adressé à la ministre de la Justice Rachida Dati le 11 mars 2008).
D'interminables études "scientifiques" sont menées dans les salons feutrés de l'Observatoire de la Santé des Vétérans (OSV) au sein du SGA de la Défense mais on refuse d'auditionner les témoins survivants des faits analysés au cours de réunions publiques ouvertes aux journalistes. Quelle vérité veut-on cacher à la nation? Quel crédit accorder au futur "pompeux rapport" (C Ménard)?
Quatre propositions de loi sont déposées sur le Bureau de l'AN mais aucune ne viendra en discussion publique parce que les députés de la majorité font de l'obstruction. D'autres corporations "amies" sont autrement considérées et lourdement subventionnées sans la moindre contrepartie et c'est injuste. Pourquoi cette discrimination négative envers les plus fidèles serviteurs de la nation?
Nous demandons la mise ne place d'un Fonds d'Indemnisation des Victimes des Essais Nucléaires (FIVEN) alimenté par le prélèvement de 1% du montant des énormes contrats passés à l'exportation pour la construction des centrales nucléaires. La Nation nous doit bien cela avant de mourir.
Il ne s'agit ni du Darfour ni du Kosovo mais simplement de la France et du Finistère.
PS: j'approuve l'idée de créer une maison citoyenne ouverte à des témoins de l'Histoire de France.
Pierre Marhic
cancéreux des essais nucléaires
président de l'ANVVEN
site www.anvven.net

Ecrit par : P Marhic | 31.03.2008

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